Analyse : Cincinnati Bengals – Pittsburgh Steelers (W16 – Kuro)

Cincinnati Bengals 13-10 Pittsburgh Steelers

Cincinnati éjecte Pittsburgh des playoffs

On s’attendait à ce que ce duel d’AFC North se déroule comme tel, un gros match défensif qui se joue sur quelques détails… et avec les Steelers qui encore une fois se sortent du guêpier victorieux. Eh bien cette fois ce sont les Bengals qui ont réussi à remporter un de ces matchs qu’ils avaient l’habitude de perdre, profitant d’une dernière erreur fatale de Pittsburgh.

Andy Dalton n’a pas forcément livré son meilleur match de la saison : il a notamment un peu abusé de longues passes infructueuses et il a manqué quelques passes plus faciles avec des receveurs ouverts; on peut noter également que les deux interceptions qu’il commet sont arrivées alors qu’il n’était pas sous pression. Cependant, il a quand même subi une pression pendant tout le match avec une OL qui a souffert notamment à l’intérieur (Kyle Cook et l’excellent mais dépassé rookie Kevin Zeitler) et qui a lâché 6 sacks. Quoiqu’il en soit, malgré tous ces petits travers, il a réussi les actions essentielles pour maintenir les drives vivants, principalement sur de rapides passes extérieures, le plus souvent pour son partenaire sophomore A.J. Green… avec en point d’orgue celle qui met en place le Field Goal victorieux. Avec une OL poreuse et un jeu de course inexistant, l’attaque des Bengals n’a pas marqué un seul TD, mais au moins Dalton a su amener la victoire et quelques fois, ça suffit pour faire le bonheur. Dalton termine avec 27/41, 278 yards et 2 INT.

Parlons-en justement de ce jeu de course inexistant. L’OL a été dominée au point d’impact par le front seven des Steelers, et BenJarvus Green-Ellis termine avec 14 maigres yards à la course sur 15 courses. Oui vous avez bien entendu, moins d’1 yard par course. Même quand les Bengals ont tenté une end around pour surprendre les Steelers, ça n’a pas marché avec un gain nul. Bref, un match à oublier au sol qu’il ne faudra pas rééditer en playoffs.

Green reste l’arme numéro un de Cincinnati dans le jeu de passe, et Dalton ne s’est pas privé d’essayer de le trouver par tous les moyens : le #18 a été visé autant de fois que son numéro pour 10 catchs et 116 yards. Cependant il a été coupable de 2 drops et surtout d’un fumble au début du 4e QT alors que les deux équipes étaient à 10-10 et qui aurait pu changer le cours du match. Il a quand même fait un match complet, prouvant qu’il est aussi redoutable sur des passes rapides qui utilisent sa vivacité que sur sa capacité à partir en profondeur. La bonne surprise a été le rookie du 5e tour Marvin Jones, qui a accumulé 5 catchs et 65 yards et qui a failli marquer un TD. Avec Gresham (3c/38y) et Hawkins (3c/30y), les Bengals ont un jeune corps de receveurs plutôt intéressant pour la suite.

Au cas où vous ne seriez pas au courant, Cincinnati a une DL monstrueuse, et il serait peut-être temps qu’on en parle, et plus précisément qu’on inclue Geno Atkins dans les candidats au MVP défensif. Le Defensive Tackle a tout simplement détruit n’importe quelle opposition face à lui : il a accumulé 4 stops/plaquages à perte, 2.5 sacks et 1 fumble forcé dans ce match où il a constamment terrorisé les OL. Il n’a pas été le seul : Pat Sims, Carlos Dunlap et Michael Johnson ont également été présents pour totaliser 4 sacks et en général mettre le boxon dans le backfield des Steelers. En effet les Bengals ont rarement eu à blitzer.

Du coup le back seven a pu se concentrer sur la couverture, et malgré un Ray Malauaga qui toujours du mal à performer, le travail des LBs + des DBs a été satisfaisant, si on omet ce grillage complet de Pacman Jones sur le TD des Steelers. Sans avoir fait un match exceptionnel, Vontaze Burfict continue de prouver aux Bengals qu’ils n’ont pas eu tort de prendre un risque en le draftant après son Combine désastreux.

On a vu une belle performance de la part de Leon Hall et du safety Reggie Nelson qui ont empêché toute réception. Hall s’est raté parfois cette saison mais il reste un Corner solide qui a donné le seul TD du match à son équipe sur un pick-6, alors que Nelson est un peu le Atkins des DBs : on ne parle pas de lui mais il est un des meilleurs safetys de la ligue en couverture. Terrence Newman et Adam Jones ont fait un match correct, ce qui a fait que malgré quelques avancées de la part de l’attaque des Steelers, ils n’ont rien pu faire d’autre que marquer un FG et un TD sur l’unique bombe réussie.

Car c’est bien là le résumé du match d’un Ben Roethlisberger qui a été l’arme principale des Steelers cette saison, avant de s’écrouler les deux derniers matchs. Une pression constante, quelques bonnes passes, une bombe pour un TD… et deux interceptions terribles de conséquences : une pour un TD et l’autre en toute fin de match qui donne une dernière chance à Cincy de l’emporter. Ces deux erreurs ne sont pas vraiment caractéristiques du Big Ben qu’on connaît, mais à l’instar de l’interception contre Dallas elles le sont d’un QB qui est souvent poussé à faire des miracles. Il a bougé, improvisé, retardé des sacks avant de trouver ses receveurs pour continuer les drives, mais il a fini par payer le prix : il a essayé de faire ce qu’il fait toujours (parce qu’il n’a pas le choix) et il s’est retrouvé à tenter une passe en mouvement sur ses 33 yards avec 18 secondes restantes dans le match. Big Ben termine à 14/28, 220 yards, 1 TD et 2 INT.

On peut charger l’OL dans tous les domaines, et particulièrement en protection de passe. A l’instar de Kevin Zeitler en face, le rookie David DeCastro a été malmené pendant tout le match par la DL des Bengals et il a souffert comme le reste de ses partenaires. Le jeu de course s’en est un peu moins ressenti, mais n’a pas été extraordinaire. Johnathan Dwyer a eu de belles perfs cette saison, mais ce match ne comptera pas dedans avec 14 portés pour 39 yards en se prenant régulièrement un mur au centre. C’est le revenant Rashard Mendenhall qui s’est le mieux comporté, en préférant prendre les boulevards extérieurs pour accumuler 50 yards en 11 portés. Pas catastrophique comme le jeu au sol des Bengals, mais insuffisant.

Du côté des receveurs, c’était beaucoup d’Antonio Brown (5 catchs/97 yards) et peu du reste. Et encore, à part sa grosse réception, Brown n’a pas été assez consistant pour être une menace assez lourde car il a été éteint en partie par Leon Hall. La perte d’Heath Miller en 4e QT n’a rien arrangé car le Tight End avait 3 catchs pour 45 yards. Mike Wallace a bien été couvert par Pacman Jones la plupart du temps et n’a qu’une seule réception. Bref, c’était un match moyen de la part des receveurs, qui n’ont jamais vraiment réussi à peser dans ce match contre une arrière garde des Bengals très vigilante.

On peut être sûr que la prochaine intersaison va voir la bonne vieille question de l’âge de la défense revenir, mais en tout cas les Steelers ont répondu présent sur ce match. Le front seven tout entier a été totalement dominateur, n’encaissant que 14 yards à la course et provoquant maintes pressions sur Dalton. Dick LeBeau a envoyé toute sa panoplie de blitz ésotériques, et même Troy Polamalu s’est permis une impro sur un sack qui a dû prendre maximum 0.5 secondes après le snap.

Hood, Hampton, Timmons, Foote, Keisel, vous les nommez, ils ont été énormes contre la course comme contre la passe. Souvent ils se sont retrouvés dans le backfield à planter BJGE à perte, ou alors à planter Dalton dans le gazon, ou du moins à le poursuivre. Les rares fois où LeBeau a laissé un 3-man rush, il l’a vite regretté quand Dalton a prolongé les actions et complété des passes, donc il est revenu à ses blitz et tout est rentré dans l’ordre. Mention spéciale à Lawrence Timmons avec 10 plaquages, 5 stops et 2 sacks.

On peut cependant noter deux points négatifs : Keisel qui célèbre un sack en posant un genou à terre, ce qui est sanctionné de 15 yards et qui donne un First Down à Cincy (c’est la règle, on ne peut pas « aller au sol » pendant une célébration, c’est pareil pour les TDs), et un match inhabituellement transparent de James Harrison. Je ne me rappelle pas avoir entendu son nom plus d’une ou deux fois pendant le match, ce qui est TRES rare pour lui.

Les Steelers ont eu beaucoup de blessures dans leur arrière-garde cette saison, mais ils ont vu le retour de Cortez Allen dans l’effectif. Le DB a eu la lourde tâche de couvrir Green la plupart du match. Il a connu un match compliqué contre le grand receveur, mais il a réussi 4 grosses actions : il a poussé Green hors du terrain sur la 4e&22 presque réussie, il a provoqué un fumble du receveur recouvré par Ryan Clark, et surtout il réalise les deux interceptions de Dalton. A ce propos, la 2e est une des interceptions les plus géniales que j’aie jamais vue, avec la déviation en l’air du DB Josh Victorian alors qu’il est au-dessus de la touche.

De l’autre côté, Keenan Lewis a eu plus de mal contre Hawkins/Jones, mais lui aussi a réussi une action importante : il a enlevé le TD des mains Jones dans la endzone à 7-0 pour Cincy. Au lieu d’être menés 14-0 les Steelers ont limité les Bengals à un Field Goal. Et enfin, les deux safeties ont fait le travail.

Enfin, notons les deux coups de pied ratés de 50+ yards par les deux kickers, qui n’ont finalement pas pesé sur le match ni sur la position sur le terrain puisqu’ils ont eu lieu sur deux drives successifs. Ca a d’ailleurs rajouté à la tension du match.

Non, finalement la vraie histoire de ce match équilibré, c’est…

La stat du match qui dit tout : les Bengals ont perdu la balle 5 fois en tout, avec deux interceptions, un fumble, un turnover on downs et un FG raté; les Steelers en ont tiré 3 points. Les Steelers ont perdu la balle 3 fois en tout, avec deux interceptions et un FG raté; les Bengals en ont tiré 10 points. Voilà la différence dans ce match.

Avant de conclure, je me permets de noter une action qui n’a pas eu une grande incidence sur le match, mais risque de démontrer quelque chose de plus important : à la toute fin du 1er QT, Heath Miller attrape une passe de Big Ben, et Reggie Nelson arrive et lui plonge littéralement dans les genoux pour l’arrêter. Miller fait une culbute et se relève, mécontent de l’action du safety (à raison). Nelson lui répond alors en pointant sur son casque, et même sans pouvoir entendre ce qu’il lui dit j’ai une vague idée : « écoute mec si je te vise trop haut je prends un flag, donc je vise plus bas ».

Pour moi c’est symptomatique de ce qu’on risque de voir de plus en plus avec la politique anti-commotion de la ligue et le flag automatique de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un hit dans la zone casque/cou. Certes le nombre de commotions va descendre, par contre le nombre de déchirures de ligaments de genou risque d’augmenter, sans parler des chevilles ou des tibias qui vont prendre. Certes on ne finit pas gâteux à 60 ans d’une déchirure du genou, mais je pense que ça valait le coup d’être noté.

Pour en finir, les Bengals éjectent les Steelers des playoffs et Dalton gagne son premier match contre les deux gros de la division. Offensivement Pittsburgh a payé son manque de profit des pertes de balle des Bengals, une erreur que les Bengals n’ont pas commise. Ironique finalement que dans un match qui aurait dû se jouer à l’expérience, ce sont les jeunes qui aient gagné.