Fiche Légende : John Madden

Head Coach

 

JohnMadden

 

Présentation

 

GENERALITÉS
Nom complet John Earl Madden
Date de Naissance 10 Avril 1936
Lieu de Naissance Austin, Minnesota
Date de Décès
Lieu de Décès
CARRIÈRE
Lycée Jefferson High, Daly City, Californie
Université Cal Poly
Draft 21e tour de 1958 (#244)
Équipes Coach :
Oakland Raiders (1967-1968, LB)
Oakland Raiders (1969-1978, HC)
Statistiques 10 saisons
Record : 103-32-7 (9-7 en playoffs)
HONNEURS
Pro-Bowls
All-Pro
Performances notables Plus jeune Head Coach à atteindre 100 victoires
Meilleur pourcentage de victoires pour un Head Coach
(minimum 100 victoires, .759)
Récompenses 1 titre de champion AFL (1967)
1969 AFL Coach Of The Year
1 bague de champion (1976)
Hall Of Fame Classe de 2006

 

Biographie

 

Ce qui est probablement le plus fabuleux avec une personnalité comme John Madden, c’est qu’il traverse les décennies. Alors que d’autres anciennes gloires du football semblent n’être qu’un vague écho lointain, chaque génération connaît une facette du personnage : l’impétueux jeune coach qui a connu un succès phénoménal à la tête des Raiders ; le commentateur télé grand spécialiste des Linemen mettant à jour les arcanes du football grâce à l’utilisation du telestrator (et quelques onomatopées bien senties) ; l’homme de publicité ; la figure de proue du jeu vidéo référence en matière de simulation de football. De 7 à 77 ans, chacun a « son » John Madden, et cela le rend intemporel.

John Madden naît en avril 1936 à Austin, dans l’état du Minnesota. Aîné d’une fratrie de trois enfants, il est le fils de Earl, mécanicien automobile travaillant dans une station-service. Quand il vient au monde, la famille est frappée par la Grande Dépression comme le reste du pays. Au début des années 1940, Earl apprend par son frère aîné Lloyd qu’il y a du travail bien rémunéré à trouver en Californie, notamment à San Francisco. La petite famille déménage donc en 1942 dans la banlieue de cette dernière, à Daly City ; Earl travaille chez un grand concessionnaire automobile, ce qui garantit les revenus des Madden. Le jeune John suit le mouvement, et il adore le changement : l’océan à proximité, du soleil et surtout, pour un garçon féru de sport, des terrains de jeu à profusion.

C’est à cette période que Madden lie une amitié indéfectible avec un camarade, John Robinson ; le même Robinson qui deviendra un Head Coach de légende à USC, et qui passera par les Rams de NFL. Les deux adorent le sport et font les 400 coups ensemble, pratiquant le baseball, le basketball et le football. Sans surprise, Madden évolue dans toutes ces équipes alors qu’il passe de l’école élémentaire au collège puis au lycée Jefferson. Ses performances sur le terrain de baseball lui permettent de recevoir des offres des équipes de MLB comme les Yankees ou les Mets, mais Madden les refuse car il sait qu’il est fait pour être joueur de football : à 1m93 et 90 kilos, il est devenu un monstre sur les lignes offensive et défensive. En parallèle, il se fait un peu d’argent de poche en étant caddie de golf, et il remarque que les gens qui réussissent dans la vie sont souvent ceux qui vont à l’Université. Il n’avait jamais pris ses études vraiment au sérieux auparavant, mais change de comportement.

JohnMadden-CalPolyA la sortie du lycée, Madden décide de rejoindre son vieil ami Robinson plus haut sur la côte ouest, à l’Université d’Oregon ; il se lance dans des études d’avocat. Mais il n’arrive pas à s’intégrer à son nouvel environnement et à ses nouvelles ambitions, et il n’y reste que peu de temps ; après un passage par le Gray Harbors College, il revient plus au sud, intégrant d’abord le San Mateo College puis l’Université de California Polytechnic State (Cal Poly). Sur les terrains, après une blessure au genou à Oregon, il continue de jouer au baseball et au football : il est même reconnu comme un des meilleurs Offensive Tackles de la Big Sky Conference. Cela lui confirme qu’il veut bien devenir professionnel, et dans sa vraie passion : le football.

Lors de la draft NFL de 1958, Madden est sélectionné par les Philadelphia Eagles au 21e tour ; autant dire qu’il a une mince chance d’intégrer l’effectif de l’équipe. Malheureusement pour lui, le Destin va en décider autrement : lors des camps de 1959, il subit une grave blessure au genou qui met sa carrière en péril. Mais le jeune homme ne se laisse pas décourager par ce contre-coup : pendant sa rééducation, s’il ne peut pratiquer le sport physiquement, il va le pratiquer intellectuellement. Il s’invite silencieusement aux côtés du futur Hall Of Famer Quarterback Norm Van Brocklin quand ce dernier visionne des tonnes de film de matchs, absorbant chaque information ; le vétéran finit même par en discuter avec lui. Une fois que sa carrière est définitivement enterrée par sa blessure, cela lui donne une idée ; il revient à Cal Poly pour obtenir un Master d’Éducation en 1961. Avec ce diplôme en poche et son obsession du football toujours bien présente, la solution idéale s’impose : devenir coach.

Madden prend un poste de professeur d’EPS tout en devenant assistant coach à l’Allan Hancock Junior College de Santa Maria. L’année suivante, il devient Head Coach, puis profite d’une relation amicale créée avec le célèbre coach Don Coryell pour rejoindre l’Université de San Diego State comme Coordinateur Défensif en 1964. A chaque fois, il impressionne par sa connaissance du sport pour son jeune âge ; son nom circule déjà de manière insistante dans le milieu du football. Il semble que ce ne soit qu’une question de temps avant qu’il entre dans le monde des professionnels : cela intervient en 1967, lorsque les Raiders l’appellent pour devenir le coach des Linebackers.

Raiders-JohnMaddenCe qui suit, personne ne l’aurait imaginé, pas même Madden lui-même. Les Raiders sont une très bonne équipe : ils vont presque au bout de la saison 1967 (champions AFL, mais défaits au Super Bowl II contre Green Bay) et font une bonne saison 1968 (défaits en finale AFL). Arrive alors un coup de théâtre : le Head Coach John Rauch remet sa démission au propriétaire Al Davis, lassé que ce dernier n’interfère dans sa manière d’entraîner. Davis va alors répondre par une décision dont lui seul à le secret : il nomme John Madden, 32 ans, Head Coach des Raiders ; le plus jeune Head Coach de l’histoire du football professionnel à l’époque.

Les gens s’imaginent rapidement qu’il ne sera pas à la hauteur : il va devoir coacher des stars comme Daryle Lamonica, Fred Biletnikoff, Gene Upshaw, Jim Otto, George Atkinson, Willie Brown ou George Blanda ; il va devoir également affronter des Head Coachs légendaires comme Vince Lombardi, Tom Landry, Don Shula ou Bud Grant. Néanmoins, dès 1969, le public se rend compte que si le Head Coach a changé, les Raiders sont toujours là : Madden est un fin psychologue qui sait parler à ses joueurs ; il reconnaît également qu’il doit les laisser être eux-mêmes, du moment qu’ils sont 1) ponctuels, 2) attentifs à ce qu’il dit et 3) prêts à laisser leurs tripes sur le terrain. Oakland fait une saison 1969 semblable à 1968 : 12-1-1 et qualification pour la finale AFL (mais défaite). Madden est reconnu par la presse en se voyant décerner le prix de AFL Coach Of The Year.

Alors qu’il assoit sa personnalité de jeune coach impétueux sur le bord de la touche, collant parfaitement à l’image Raider en invectivant les arbitres à volonté, l’équipe continue sur sa belle lancée… mais manque toujours la dernière marche. Alors que l’AFL et la NFL ont fusionné, les Raiders continuent de buter en finale AFC en 1970, 1973, 1974 et 1975. Malgré des titres d’AFC West chaque année (hormis 1971), la franchise commence à trépigner de ne pas réussir à accéder de nouveau au Super Bowl, notamment à cause de l’émergence en AFC des terribles Pittsburgh Steelers de Chuck Noll.

Madden va finalement réussir à faire taire toutes les critiques en 1976, quand il emmène Oakland vers un nouveau titre de division (13-1), le titre de champion AFC en battant Pittsburgh, et surtout le titre NFL avec une victoire 32-14 sur les Minnesota Vikings lors de Super Bowl XI. Au coup de sifflet final, les joueurs ne s’y trompent pas : ils portent leur Head Coach en triomphe. C’est le sommet de sa carrière d’entraîneur… qui va connaître une descente toute aussi vertigineuse que son ascension.

JohnMadden-SBXIPendant la saison 1977, dans laquelle les Raiders ne sont pas champions de division mais vont en finale AFC (sortis par Denver), Madden se bat contre un ulcère. A la fin d’une saison 1978 ratée où Oakland manque les playoffs, il choque le monde du football en annonçant sa retraite, seulement dix ans après son arrivée. Il cite ses problèmes de santé mais également une fatigue mentale intense et un manque de présence auprès de sa famille.

Madden se retire au bout d’une décennie magique : dix saisons positives, six saisons à 10+ victoires, sept titres de division, huit qualifications en playoffs, une finale AFL, six finales AFC, un titre AFL et un titre NFL. Il se retire comme le plus jeune Head Coach à avoir atteint 100 victoires (103-32-7) et comme le Head Coach avec le meilleur taux de victoire de l’histoire (100 victoires minimum) : 75.9%. Enfin, il sera pour toujours associé aux matchs les plus controversés de la décennie, comme l’Immaculate Reception, le Heidi Game, le Sea Of Hands, le Ghost To The Post, le Holy Roller, etc.

Une porte se ferme, une autre s’ouvre : très rapidement après sa retraite sportive, il s’ennuie. Sa personnalité truculente et sa volonté d’enseigner les arcanes du football le poussent tout naturellement vers son prochain métier, commentateur de télévision. Avec sa science du sport et son humour contagieux, Madden devient rapidement incontournable derrière le micro. Il démarre doucement en 1979 sur CBS, mais c’est en 1981 qu’il va passer au niveau supérieur lorsqu’il est appairé avec le commentateur Pat Summerall, ancien receveur et Kicker de NFL.

Le duo devient rapidement le favori des fans et des spécialistes : le calme et la parcimonie des mots de Summerall contrastent avec la passion et l’énergie de Madden (sans parler des fameuses onomatopées comme « Bang ! », « Wham ! » ou « Doink ! »). Ce dernier introduit même l’utilisation du telestrator, un écran sur lequel on peut tracer des figures par-dessus la vidéo d’un match, pour expliquer plus clairement les actions. La pédagogie de Madden va apprendre à des générations de fans l’aspect tactique du football, mais ce n’est pas tout : il invente également l’All-Madden Team, une équipe de ses joueurs préférés, ou des récompenses plus délirantes comme offrir des cuisses de dinde rôties aux meilleurs joueurs du match de Thanksgiving.

JohnMadden-PatSummerallLe duo passe sur Fox en 1994, avant que Madden ne continue (à part) sur ABC en 2002, puis NBC en 2005 ; il se retire définitivement en 2008. Summerall et Madden auront fait 22 saisons ensemble, et cinq Super Bowls : cette paire de commentateurs est considérée comme une des meilleures de l’histoire de la télévision américaine ; Madden lui-même a reçu 14 Emmy Awards pour sa carrière télévisuelle.

Est-il pour autant temps de le ranger définitivement au placard ? Bien sûr que non. Déjà, l’homme est devenu plus qu’un simple commentateur à la télévision, apparaissant dans des publicités diverses et variées. Il est également devenu célèbre pour le Madden Bus, un bus qu’il utilise depuis plusieurs décennies pour sillonner le pays ; il a en effet une terrible phobie des avions. Il reçoit plusieurs récompenses personnelles, la plus illustre étant son intronisation au Hall Of Fame en 2006. Mais surtout, en 1988, il a décidé de lancer un partenariat qui va assurer sa reconnaissance dans le monde entier auprès des futures générations : John Madden Football, un jeu vidéo de simulation de football pour MS-DOS créé par Electronic Arts.

JohnMadden-EAMadden prête son image (sur la couverture) et sa voix (pour les commentaires) au jeu, continuant cette volonté d’enseigner le football par tous les médias disponibles. En 1993, John Madden Football devient Madden NFL ’94 ; le jeu sort chaque année avec des effectifs mis à jour et un gameplay sans cesse amélioré pour rendre la simulation la plus fidèle possible. Au fur et à mesure du temps, si les présences de Madden sur la couverture (à partir de 1999) et aux commentaires (à partir de 2009) disparaissent, c’est toujours bel et bien son nom qui est utilisé, et il continue de donner ses idées pour améliorer le réalisme. Car, s’il ne faut retenir qu’une chose de ce personnage aux multiples facettes, c’est bien cela : une vie totalement dédiée au football, sa vraie passion, avec une soif intarissable d’apprendre et d’enseigner aux autres.

Lors de son discours au Hall Of Fame, avec son humour habituel, il avoue qu’il est certain d’une chose : lorsqu’il n’y a plus âme qui vive dans le bâtiment de Canton, les bustes des Hall Of Famers prennent vie et se parlent. Nul doute que désormais, il y a quelques « Wham ! » et « Boom ! » qui résonnent dans la salle.