Mailbag QPUL : Tim Mailbow

Précision habituelle, sachez que si ce n’est pas pour cette fois ce sera pour la prochaine. Je rappelle que la plupart des règles dictées dans la news d’introduction sautent.

J’attendais UNE question depuis le début du mailbag, je suis surpris qu’elle ait mis autant de temps avant d’arriver, mais la voilà. Donc cachez les petits nenfants. Sinon je m’excuse d’avance de la brièveté du mailbag, il est plus court que d’ordinaire.

Zou.
 


TsuBi : Combien y a-t-il de plays dans les playbooks NFL/NCAA Offense ou Defense? Comment se retrouvent-ils dans tout ca, pour les communiquer en huddle ou en no-huddle?
Il faut déjà faire la différence entre les plays et les variations. Un playbook peut contenir 100+ plays différents mais avec les variations on peut atteindre facilement 800/1000, et je parle uniquement d’un seul côté du ballon. Quand je parle de variations en attaque, c’est : déplacement d’un joueur, changement de route etc..
Les joueurs s’y retrouvent dans tout ça par une longue phrase codée qui explique la formation, la position et les routes… genre “East Right Flaw V Right On The Outside Y Left Fake 396 Bag V Hidge Z Pop” et un café l’addition s’il vous plaît (c’est un vrai play hein, ceci dit souvent ils sont plus courts). C’est principalement pour ça qu’il est en général admis qu’il faut 3 ans pour qu’un joueur maîtrise un playbook complètement, avec toutes les variations et les codes, c’est compliqué. Donc si possible ne faites pas comme les Raiders et ne virez pas vos coachs d’une année sur l’autre.

En no-huddle, c’est différent : les équipes s’entraînent spécifiquement pour l’attaque en no-huddle et mettent en place une liste de tactiques prédéfinies qu’ils vont ré-utiliser pendant le match. Un seul ordre du QB sur la ligne de scrimmage doit suffire aux autres joueurs pour savoir quelle tactique doit être implémentée.

Ca vous donne un peu une idée des capacités incroyables de Peyton Manning, sachant que le gars peut décider de tout changer quand il voit la défense.


Arnaud : Avec l’arrivée de QuarterBack comme Cam Newton, Robert Griffin III (on peut inclure Tim Tebow)… Est-ce que la NFL va sortir de sa mentalité “classique” et voir des actions fun, type NCAA, telle qu’une belle option, triple option, voire carrément l’incorporation de la flexbone formation? L’an dernier Newton a fait quelques option avec DeAngelo, qui ont super bien marché. Je trouve que ces actions peuvent déstabiliser une équipe (regardons Air Force ou Navy qui arrive parfois à faire galérer des grosses équipe, je pense notamment au Navy vs Ohio State de 2009). Certes en NFL les défenses sont plus coriaces (et les DC s’adapteraient peut être à une attaque option), mais l’utilisation d’une demi dizaine d’actions de ce type en match ne serait pas t-elle bénéfique (dans le sens: peut surprendre et donc big gain) à une attaque ayant un QB avec des qualités athlétiques tel que RG3???

Bientôt les questions vont être plus longues que les réponses :).

Il court, il court, le Cameron…

Je pense qu’en effet avec la nouvelle vague de QB qui arrivent, tels Cam ou RGIII, on peut voir les options fleurir un peu plus. Les Panthers l’ont prouvé l’année dernière, avec un QB coureur, ça peut être une vraie menace pour une défense. Cependant, comme tu le suggères il y a deux freins à une trop grande utilisation : les défenseurs NFL ne sont pas des défenseurs d’universités (plus forts, plus rapides, donc plus enclins à faire échouer ton option) et faire une option veut dire que le QB est démontable comme n’importe quel coureur, ce qui peut freiner les ardeurs.

Comme je l’ai dit dans un précédent mailbag, le QB est avant tout un passeur, et sans bon jeu de passe je ne vois pas un QB réussir durablement. Je sais que vous allez m’agiter une exception devant le nez, mais relisez le terme “durablement” :). Si le QB est potable à la passe ET qu’il devient une menace supplémentaire à la course tout en conservant un bon jeu de passe, et encore plus avec un système d’option, son impact est décuplé.

Cependant, l’option demande plus qu’un QB coureur. Il faut avoir un bon jeu de course : les Panthers ont l’un des meilleurs avec leur OL et le Double Trouble, et si on rajoute en plus Mike Tolbert je conçois que ça commence à ressembler à une attaque de NCAA style Navy. Il faut également des bons receveurs bloqueurs : ceux qui ont regardé la France lors de la Coupe du Monde des -19 ans ont vu qu’une option ne peut marcher que si le WR bloque son joueur (qui a dit “vive les pitchs ?”). Et enfin il faut une ligne qui soit mobile et athlétique, car souvent les lignes sont plus légères quand l’attaque se base sur l’option.

De ce que j’ai vu l’année dernière à Washington et leur jeu de course, ainsi que l’OL, ils ont peut-être ce qu’il faut pour mettre en place un système d’option, mais ça ne sera qu’une petite partie du schéma. De même, pourquoi pas voir une flexbone arriver, mais seulement sur quelques actions, sûrement pas comme base. C’est un peu comme quand la Run&Shoot est arrivée en NFL : les Oilers l’ont appliqué comme base de formation, Warren Moon (photo) s’est fait détruire un peu trop souvent parce que les défs NFL sont bien plus féroces, et elle a cessé d’être une formation de base. Elle est employée maintenant sporadiquement.

Pour résumer, je suis de ton avis : Cam a ouvert le potentiel de l’option dans la NFL, mais il faut d’autres ingrédients qu’un QB mobile pour que ça marche.
 



JohnCrichton : Selon toi, quels sont les histoires “à l’américaine” qui ont le plus marqué la NFL ? Je pense par exemple à Pat Tillman.
Il y en a deux qui me viennent en tête, si on reste en NFL : Pat Tillman (que tu évoques) et Brian Piccolo (que tu connais forcément, fan des Bears que tu es :D).
Pour ceux qui ignorent l’histoire de Pat Tillman, il est né en Californie mais il a fait toute sa carrière de footballeur à Arizona : il était Linebacker à l’université des Sun Devils d’Arizona State avant d’être drafté en 1998 par les Cardinals et replacé en tant que Safety. Il a eu un impact immédiat avec de belles performances, dont une sélection All-Pro en 2000. La saison suivante, les attaques du 11 Septembre ont eu lieu et à la fin de la saison, il a décidé de refuser une extension de contrat avec les Cards en leur expliquant qu’il voulait s’engager dans l’armée (aucune animosité envers la franchise je précise, il avait même refusé une offre des Rams pour rester à Arizona).
Tillman s’engage avec son frère, et deux ans plus tard, le 22 Avril 2004, il décède en Afghanistan à 27 ans. Les premiers rapports parlent d’une mort suite à un tir taliban, avant qu’il soit découvert qu’il s’agissant d’un tir allié. Sans rentrer outre dans la polémique qui a suivi (l’Armée n’a pas été nette sur ce coup-là), ça a été un grand choc pour les Cardinals mais aussi pour toute la NFL. Depuis le numéro de Tillman (#40) est retiré chez les Cards, et son numéro d’université (#42) chez les Sun Devils.
L’autre histoire concerne Brian Piccolo et son amitié avec Gale Sayers chez les Bears dans les années 60. Piccolo est un joueur réputé trop petit et top lent pour arriver en NFL, c’est pourquoi il n’est pas drafté. Il fait un essai avec les Bears qui acceptent de le prendre dans leur taxi squad, ce qu’on appelle le practice squad aujourd’hui, c’est-à-dire un joueur de réserve de la réserve. La même année Gale Sayers est drafté #4, et Piccolo lui mène la vie dure au début, mais les deux deviennent amis par la suite quand le capitaine des Bears suggèrent que les joueurs soient regroupés dans leur chambre par poste. C’est une décision plus importante qu’il n’y paraît, parce que du coup Piccolo et Sayers se retrouvent dans la même pièce, or Piccolo est blanc et Sayers noir. Il y a encore une ségrégation qui empêche les Noirs et les Blancs d’être dans les mêmes chambres, et ils sont les seuls dans l’équipe à le faire.
Ca renforcent leurs liens, et Piccolo (photo) gagne lentement mais sûrement sa place, d’abord comme remplaçant de Sayers. En 1968, quand Sayers se blesse gravement au genou et que lui-même pense qu’il est fini pour le football,  Piccolo le coache pour le faire revenir au plus haut niveau. En 1969, Sayers revient sur le terrain et Piccolo devient son Fullback attitré. Piccolo commence à baisser de forme pendant la saison et lors du match contre Atlanta en Novembre il a des difficultés à respirer jusqu’à sortir du match volontairement, ce qu’il n’a jamais fait. Il va faire des examens à Chicago et le diagnostique tombe : tératome médiastinal, un tumeur dans la cavité thoracique. C’est une maladie extrêmement rare à l’époque, avec 400 opérations recensées dans le monde. Cette maladie fait partie des carcinomes embryonnaires, ce qui signifie que l’origine de la maladie remonte à l’embryon lui-même : des cellules embryonnaires subsistent à l’état adulte et suite à un déclencheur se mettent à se multiplier de manière erratiques (la définition même du cancer).
Il subit une première opération en Novembre et il pense un moment revenir au football, mais le cancer le rattrape : on lui retire le poumon gauche, mais c’est trop tard, le cancer a métastasé dans son foie. Piccolo meurt le 16 Juin 1970 à l’âge de 26 ans. Quelques jours plus tôt, à la remise du NFL’s Most Courageous Player Award pour son retour malgré sa blessure, Sayers avait dit que celui qui méritait vraiment le trophée était son ami Piccolo.
Si vous voulez en savoir plus, je vous conseille à regarder le téléfilm Brian’s Song basé sur l’autobiographie de Sayers et qui raconte l’amitié entre les deux (il y en a deux versions : 1971 et 2001).

Sylvain : En lisant des analyses ou des comptes rendus de match, on voit souvent passer des références à des types de formations ou de tactique comme west coast offense, wildcat, nickel et bien d’autres, je suppose qu’il existe différents systèmes de jeux qui se déclinent en formations, pourrait-on avoir un petit aperçu de ces bêtes curieuses (pour le néophyte que je suis du moins) ?

J’ai déjà exposé les variantes défensives dans les premiers mailbags et j’ai parlé de la West Coast, mais je profite de la question pour annoncer que le site est en cours d’amélioration de sa partie “instructive”, notamment sur les bases du foot US, ce qui comprend les formations. Ma réponse est donc : ayez un peu de patience svp et ça va arriver :).


Yaronn : Après avoir suivi assidûment la saison NFL 2011/2012 et surtout sa révélation “messianique”, a savoir Tim Tebow, je me rend de plus en plus compte que comme toutes réelles stars, ce mec a devant lui une flopée de fans et de haters. J’aimerais savoir ce qui lui vaut toute cette haine médiatique, et ma question porte sur sa réputation en dehors du terrain mais surtout sur son talent sur le terrain: ces temps-ci je n’arrête pas de voir des blagues sur son talent et (plutôt) sur son incapacité a être un vrai passing QB mais un QB a la Vick (ce qui soit dit en passant n’a rien de honteux je trouve). J’aimerais comprendre concrètement pourquoi on se fout de la gueule d’un QB qui a mené son équipe en playoffs alors que ça tenait du miracle!(pardon pour le jeu de mot 😉
TADADADAAAAAAAAAAAAA ! Il a fallu quand même 7 Mailbags avant que qu’IL ne soit évoqué en long en large et en travers. Sortez vos croix en bois et vos torches enflamme-idôle, c’est l’heure de votre duel Croyants vs Païens.
Dans le coin rouge, armés de leur effigies à la gloire de St Tebow, le meilleur joueur qui n’ait jamais été, le prophète du gridiron, l’évêque de l’Eglise de la Victoire-Qu’on-Sait-Pas-D’où-Elle-Vient, les Tebow Lovers. Dans le coin bleu, armés de leur bible “Le QB dans le Foot US depuis 1960”, des effigies à la gloire des Johnny Unitas-Dan Marino-Troy Aikman-Tom Brady et le “Guide du bon Réac'”, les Tebow Haters. Je vous rassure, les deux groupes sont autant frappés d’aveuglement l’un que l’autre, ce qui devrait donner un match marrant où seules les mouches risquent quelque chose.
Pour commencer il me paraît normal de dire où je me place : je ne suis ni Tebow Lover, ni Tebow Hater. Je suis Media Masturbation Hater, et je commencerais par là. Les médias ADORENT Tebow. Ils nous GAVENT de Tebow. Tebow est allé aux chiottes ? FAISONS EN UNE NEWS ! Marions le à je ne sais quelle “célébrité” lambda ! Yay ! Et malheureusement, notre époque d'”ultraconnectivité” fait que ça se répand partout, tout le temps, à gauche à droite devant derrière vers l’infini et au-delà.
Je trouve que ce qu’a fait Tebow est vraiment unique, incroyable, appréciable mais aussi un peu irritant pour quelqu’un qui suit la NFL depuis un moment. La partie “fun” en moi a aimé regarder Tebow retourner la tête de la NFL semaine après semaine, mais la partie plus “traditionnelle” a eu un peu de mal à suivre et surtout n’a pas supporté d’être matraqué tout le temps avec ça par les médias. Donc si tu veux savoir pour les Haters, c’est un peu la partie traditionnelle en moi poussée à 200% :).
Bref assez parlé de moi, on va observer les deux aspects de Tebow : sur le terrain et en dehors du terrain.
Sur le terrain, les Lovers vont vous dire “ce mec gagne, c’est un gagnant, point barre, on s’en fout comment il joue” et les Haters vont vous dire “ce mec est une vaste blague en QB, vous l’avez vu lancer ? C’est sa défense et son kicker qui gagne les matchs, pas lui”. Le pire c’est qu’ils ont tous raison, c’est pour ça que son cas divise : comment un gars aussi limité au niveau QB classique peut arriver à faire gagner son équipe ?
Le bonhomme est une masse physique, faudrait pas l’oublier, et Denver s’est bien appuyé là-dessus pour avancer à la course. Ensuite, comme le Wildcat, ça a pris les DC par surprise, et on ne peut pas du tout nier que le Tebow a une mentalité de gagnant et qu’il insuffle ça dans toute l’équipe. Les défenses se sont réglé seulement en fin de saison. C’est arrivé parce que Tebow est le genre de joueur pour qui ça pouvait arriver, tout simplement, et nier ce qu’il a apporté à l’équipe est complètement stupide. Ca c’est pour les points pro-Tebow.
En point contre-Tebow, les Lovers devraient enlever les œillères : ce n’est pas parce qu’il a réussi une bombe en OT que c’est un super QB. Et la défense menée par Von Miller et le kicker Matt Prater y sont pour autant dans la victoire que lui. Qui a maintenu les adversaires à un score bas pour rester dans le match ? Qui a botté des Field Goals égalisateurs et victorieux en OT de 50+ yards ? Les deux camps ont raison, mais ils vont trop loin dans leur conclusion. Tebow n’est pas une fraude complète, mais ce n’est pas un Messie non plus. Il est entre les deux. Il n’a pas redressé les Broncos à lui tout seul, mais il a été un catalyseur du changement pendant la saison. Maintenant, comparer Tebow à Vick… si on parle de Vick 1.0 version Atlanta je suis d’accord.
En dehors du terrain, les Lovers vont vous dire “il est super sympa, la gentillesse même, et il est croyant et le dit partout ! Il n’a pas peur de s’exprimer !” et les Haters vont vous dire “il nous casse la raie avec sa religion”. Et c’est là où je dirais : mais qu’est-ce qu’on en a à battre ? Franchement ? Qu’il croit en Dieu et termine toutes les interviews par “que Dieu vous bénisse”, ou qu’il croit en François de Hadoque et qu’il termine par “que le Grand Cric ne vous croque pas”, on s’en balance les noisettes. Le mec est croyant et Dieu est dans son existence et il est content comme ça, y’a plein de personnes dans son cas et c’est cool; tant qu’il n’essaie pas de me convertir il peut s’asperger d’eau bénite autant qu’il veut. Je sais bien qu’aujourd’hui c’est mal vu de se regarder le nombril, faut être altruiste et être tourné vers les autres dans notre super époque où tout le monde pense que sa petite vie nous intéresse, mais quelques fois les gens devraient vraiment regarder leur nombril ou s’occuper de leur postérieur plutôt que de donner leur avis sur ce que machin pense de truc au sujet duquel bidule nous rapporte.
Courage Bonnie, on va
le trouver ton héros…
En résumé, je crois que Tebow a certes fait quelque chose de peu commun, mais je crois surtout qu’on l’a un peu déifié médiatiquement parce qu’en effet, je suis persuadé que c’est quelqu’un de fondamentalement bon et gentil. Et ce qu’il a réussi sur le terrain en plus l’a transformé en une espèce de héros qui dépasse le domaine sportif. J’ai l’impression que de nos jours on est asséné de tellement de mauvaises nouvelles, d’escrocs, de criminels et de misère qu’on a envie de se trouver des héros, au sens un peu large du terme. Oui OK ce mec est un sportif, il gagne plus que vous et moi, mais il concentre en lui tout seul tout ce que les gens ont envie de voir : des gens biens qui réussissent parce qu’ils s’arrachent la tronche en dépit des circonstances. Rappelez-vous, Tebow l’avait déjà fait une fois à Florida en Université.
Et visiblement les circonstances ne vont pas s’améliorer, vu qu’une équipe parle de vouloir placer Tebow, leur QB de backup… sur EQUIPES SPECIALES


C’est la fin de ce mailbag plus court que d’habitude, il devrait reprendre sa taille normale la semaine prochaine. N’hésitez pas à continuer à envoyer des questions, elles seront toutes lues (l’adresse se trouve dans la news d’annonce linkée tout en haut de l’article).