Packers – Giants (Kuro)

Le Chirurgien a opéré à coeur ouvert

A tous ceux qui disaient qu’Aaron Rodgers n’avait pas encore démontré ses talents dans un drive décisif, la réponse a été donnée. A ceux qui pensaient que les Giants allaient encore s’effondrer, la réponse a été donnée aussi. Les Packers ont-ils enregistré une victoire trompeuse à cause des failles défensives ou une victoire honorable à l’extérieur face à une très bonne équipe NFC ? Les Giants ont-ils encaissé une défaite cruciale car c’est la 4e d’affilée ou une défaite honorable face aux champions en titre invincibles qu’ils ont poussé à bout ?

L’issue de ce match peut être lue de tellement de façons, de quoi en devenir bipolaire. Je crois que je vais supporter les Cowboys, ils me correspondent bien eux. Bipolar Boys, unite !

Honneur aux Giants qui ont encore une fois fini par buter à trois points de l’équipe invincible du moment, comme contre les Patriots en week 17 2007. Eli Manning a fourni un match intéressant, assez bien protégé par sa ligne offensive, et il n’a pas hésité à envoyer les missiles offerts par la couverture deep toujours aussi énigmatique des Packers. Mais dans un match contre les champions en titre, il y a un mot d’ordre : aucun cadeau, et Eli en a fait un… et demi. Le premier évidemment, c’est cette interception qui pourtant devrait être implantée dans tout QB qui affronte les Packers : ne JAMAIS lancer à l’extérieur en retard. Matt Ryan l’a fait l’année dernière, Phillip Rivers l’a refait cette année, et Eli nous a refait le coup, avec le désormais habituel défenseur des Packers qui lit l’action et coupe la passe, retournant pour l’habituel pick-6; cette fois, Clay Matthews s’en est chargé. La seconde action, c’est le fumble juste avant la mi-temps qui redonne la balle aux Packs (qui n’en ont pas profité). Mais à part ça, le match de petit frangin Manning a été bon avec 23/40, 347 yards, 3 TD et 1 INT.

Même si le retour d’Ahmad Bradshaw a fait du bien à l’attaque au sol des Giants (11 portés, 38 yards), c’est Brandon Jacobs et son style de course destructeur qui a fait le plus de dégâts avec 8 portés pour 59 yards, autant dire quelque chose pratiquement jamais vu de l’année pour lui. Du côté des receveurs, je pose la question : mais qui donc est Victor Cruz ? Le receveur dans sa 2e année enchaîne performance sur performance et se fait un nom au milieu des autres receveurs talentueux des Giants. Il a écumé la défense des Packers avec 7 réceptions pour 119 yards. Hakeem Nicks est un nom qu’on connaît un peu plus, et lui a engrangé 88 yards sur 7 réceptions et 2 TD (dont 1 sur une réception magnifique à une main dans le coin de la endzone avec Charles Woodson en bandoulière). Le TE Travis Beckum nous a offert la panade défensive de Green Bay de la semaine avec son zig-zag suite à une bombe d’Eli sur le troisième play du match; 67 yards et 7-0 pour les Giants.

En face, comme vous l’aurez sûrement noté, je ne vais pas tresser des louanges à la défense des Packers. Elle a de nouveau encaissé un nombre important de yards et de points dans ce match. On a retrouvé les habituels problèmes : manque de pass rush consistant qui a permis à Eli de trouver ses receveurs et du coup arrières qui encaissent des gros jeux. Certes Desmond Bishop et A.J. Hawkmanquaient (ce sont les deux signal callers de la défense), et Woodson a dû sortir sur commotion au 4e QT, mais on a vu les même failles avec ces joueurs-là donc ce serait trop facile de se retrancher derrière ce prétexte. Alors certes Clay Matthews a un sack, un fumble forcé et un pick-6 a son actif, et B.J. Raji a été intelligent en ramassant le ballon fumblé que tout le monde pensait être une passe incomplète (actant la récupération du fumble par les Packs) mais pas grand-chose d’autre à dire. Pas d’interceptions miracle sur le dernier drive qui sauve les Packers. Non pour une fois, c’est l’attaque qui a dû finir le match.

Le Chirurgien est donc allé le gagner, ce match. Les Giants ont égalisé par une conversion à deux points à 35-35 en laissant 58 secondes. Sur le kick suivant, Randall Cobb a accepté le touchback malgré sa position avancée dans la end zone pour ne pas manger un temps précieux à l’attaque. Rodgers est ensuite arrivé sur le terrain, et la machine s’est enclenchée, inexorablement : passe backshoulder tendue sur Jermichael Finley de 24 yards, une passe lobée parfaite sur Jordy Nelsonde 27 yards, une dump sur Brandon Saine pour une perte de -1 yard, puis la passe décisive surGreg Jennings pour 18 yards, amenant Mason Crosby à un FG de 31 yards. Crosby s’est alors fait pardonner de son FG raté en fin de première MT suite au fumble d’Eli (il a aussi réussi un plaquage crucial sur un kickoff empêchant un gros retour). Aaron termine ainsi un match où il est passé par toutes les émotions : pressé par le pass rush toujours redoutable des Giants face à une OL amputée de deux titulaires, frustré par les drops mais toujours confiants envers ses receveurs, et enfin énervé par son interception qui est de loin la plus moche de la saison. Rodgers finit à 28/46, 369 yards, 4 TD et 1 INT, son “””””””pire””””””” match de la saison.

La course n’a encore une fois pas été un véritable facteur dans l’attaque de Green Bay, vu que le meilleur coureur est… Rodgers, avec 4 scrambles pour 32 yards. James Starks s’étant reblessé à la cheville pendant le match, Ryan Grant et Brandon Saine ont pris la charge de travail pour 19 portés et 45 yards, un total faible. Le corps de receveurs a performé, mais a réalisé pas mal de drops : Finley notamment commence à en faire une mauvaise habitude, lui qui a été ciblé très souvent à cause de la couverture contre Jennings et Nelson (ah et petit conseil aux défenseurs : la zone contre Finley, pas une bonne idée). Nelson, vous avez dit Nelson ? Les défenses ont bien compris que le #87 était devenu une arme dangereuse, et la couverture a été constante sur lui; il a cependant encore prouvé son talent avec certes seulement 4 réceptions, mais pour 94 yards, et que des réceptions acrobatiques le long de la ligne de touche. Il nous reste donc le Conducteur, Donald Driver homme du match avec ses 2 TD (dont un absolument seul). Le Vieux est toujours là, prêt à profiter qu’on ne s’occupe plus de lui pour marquer.

La défense des Giants a donc eu fort à faire avec les loustics d’en face, et elle a souffert chez les arrières comme toutes les défenses face aux Packers, surtout avec la perte de Kenny Phillips en plein match. Mais il y a véritablement un grand bonhomme dans cette défense, un moteur inépuisable qui est partout sur le terrain, le fameux JPP, Jason Pierre-Paul. Il n’arrête pas : il rushe le QB, il plaque le coureur adverse à perte, quand il sent une possible screen pass, il s’arrête sur place et attend pour sauter et la dévier (2 contre GB). Il est une combinaison athlétisme/intelligence qui le prédispose à un grand avenir s’il continue sur ce chemin (il a d’ailleurs visiblement eu des crampes à la fin du match :p). Le reste de ses petits copains ont été remonté par Tom Coughlin après la performance médiocre contre les Saints, et le pass rush a été bien plus efficace, pressant Rodgers a plusieurs reprises (Tuck et Tollefson ont enregistré un sack). Chase Blackburn a eu l’immense privilège de récupérer une passe de Rodgers pour mettre les Giants en bonne position pour le TD de Jacobs et une avance de 17-14. Maintenant, les Giants ont également prouvé qu’en jouant man ou zone face aux receveurs des Packers… eh en fait c’est dur de couvrir tout le monde. Soit un mec comme Finley se met dans l’interzone, soit vous vous faites feinter par Nelson ou Jennings, soit Driver se retrouve tout seul. Et du coup ça donne…

La stat du match qui dit tout : Green Bay, 7/12 (58%) de conversion en 3e tentative, et 4/5 (80%) d’efficacité en zone rouge (i.e. le nombre d’entrée en zone rouge qui se termine par un TD). Avoir une chance de battre les Packers c’est descendre les deux chiffres, et surtout le taux de conversion en 3e tentative (ils sont à 50% dans la saison, 2e de la ligue derrière les Saints).

Il nous reste à aborder le point de l’arbitrage, qui a été contestable dans ce match. Alors évidemment, les arbitres n’ont pas joué défenseurs pour les Giants sur les 58 dernières secondes, mais le TD annulé à Jake Ballard alors que son genou semble toucher avant la ligne blanche fait mal a posteriori. Le TD de Jennings semble également discutable (même s’il a le contrôle avec une main), mais il y a un ‘leaping’ des Giants non sifflé sur le FG raté de Crosby (ce qui aurait dû donner une 2e tentative 15 yards plus près). Je ne parle pas des PI non sifflées des deux côtés, notamment sur Nicks et Finley qui encore là se font interférer par les défenseurs adverses même en dormant dans leur lit. Bref, ça a été un match compliqué dans tous les sens du terme, et pour tout le monde.

Les Giants ont été coude à coude avec les champions en titre, les poussant littéralement dans leurs retranchements, et qui sait avec un peu plus de chance même, ils auraient pu faire l’exploit. Mais c’est ce genre de match que les aspirants double champions se doivent de gagner, pas seulement les blowouts 45-7. Et c’est exactement le genre de matchs que les Packers, avec une meilleure défense, ne gagnaient pas l’année dernière.

Terminons sur un petit point de vue niveau playoffs : certes les Giants ont perdu, mais comme toute la division a pondu un oeuf cette semaine, c’est le statut quo; les Bipolar Boys se sont fait avoir en OT par les Cards, les Eagles par les Seahawks, et les Reds par les Jets. Donc les Giants ont, encore une fois à l’approche de la fin de la saison, leur destin en main avec en point de mire dès la semaine prochaine la première manche de la double confrontation contre les Cowboys; Dallas est en tête de la division avec seulement une victoire d’avance sur New York.

Du côté des Packers, la défaite des Lions leur permet d’accéder au titre de la division et à une place en playoffs. C’est bien, mais ce n’est que la première étape pour McCarthy, et la seconde n’est pas la perfection, mais l’avantage du terrain. Green Bay veut finir #1 devant les 49ers actuellement à 10-2 et les Saints à 9-3. Le match des 49ers contre les Steelers en week 15 sera sûrement suivi avec beaucoup d’intêret par les joueurs de Green Bay, car si la logique est respectée et que les deux équipes l’emportent la semaine prochaine, une défaite des 49ers contre Pittsburgh et les Packers n’auraient besoin que d’une seule victoire sur les 3 derniers matchs pour être #1.