La Free Agency

NFL dollar moneyLa Free Agency est un système mis en place qui permet aux joueurs en fin de contrat de pouvoir faire jouer la concurrence entre leur équipe et des acquéreurs potentiels. Pendant cette période, les joueurs peuvent ainsi discuter avec d’autres franchises pour recevoir des offres de contrats.

Néanmoins, la Free Agency a également pensé aux équipes : elles possèdent quelques mécanismes pour retenir leurs meilleurs joueurs (même si ceux-ci viennent, évidemment, avec des contreparties financières).

La Free Agency se déroule en trois étapes majeures :

  • Deux semaines environ après la fin du Superbowl, la période des Tags/Tenders débute.
  • Le 6 Mars, les équipes ont le droit de contacter les agents des joueurs pour discuter d’éventuels contrats. Tout contact avec les joueurs directement est interdit.
  • Le 9 Mars, la NFL passe officiellement dans une “nouvelle année”, et la Free Agency ouvre : c’est le début des signatures de contrat et les équipes peuvent avoir des contacts avec les joueurs ainsi que les faire venir visiter les locaux.

 

Histoire de la Free Agency

 

La Free Agency n’a pas toujours été acquise pour les joueurs NFL. On peut même dire qu’à l’échelle de l’histoire de la NFL, elle est toute récente, et qu’elle a mis beaucoup de temps avant de naître sous sa forme actuelle.

En effet, depuis la naissance de la NFL, les joueurs appartiennent à leur club pour toute la durée de leur carrière. Il y a très peu de portes de sortie possibles pour les joueurs, autre qu’une libération décidée par l’organisation ou un échange avec une autre équipe. Grâce au système de “réserve”, les organisations sont toutes puissantes à décider du futur des joueurs, car toute fin de contrat peut se dérouler de trois façons :

  • Les deux parties trouvent un accord sur un nouveau contrat;
  • Les deux parties ne trouvent pas d’accord mais le joueur veut continuer à jouer, auquel cas l’ancien contrat est repris tel quel mais avec 10% de salaire en moins;
  • Les deux parties ne trouvent pas du tout d’accord, et le joueur refuse de jouer : il finit sur “réserve” et ne peut pas quitter l’équipe.

En 1946, un premier incident vient bouleverser cet état de fait : le contrat de William “Bill” Radovich, un joueur des Lions de Detroit, est sur le point d’expirer, et il demande un échange avec une équipe de la côte ouest, préférentiellement les Rams de Los Angeles, pour se rapprocher de son père gravement malade. Le propriétaire du club, Fred Madel Jr., lui répond qu’il jouera à Detroit et nulle part ailleurs, et Radovich décide de faire front : malgré le fait que Madel le menace de bannissement de la NFL pour cinq ans, le joueur signe avec une équipe d’AAFC, la ligue concurrente. Lorsque l’AAFC disparaît fin 1949, Radovich essaie de rejoindre une ligue affiliée à la NFL, et se rend compte qu’il est bel et bien banni. Il intente un procès qu’il perd d’abord, mais il le porte jusqu’à la Cour Suprême qui lui donne finalement raison en 1957. La ligue ayant peur d’autres procès de ce genre, la “réserve” disparaît.

RC OwensEn 1962, un nouveau coup de semonce intervient : le receveur des 49ers R.C. Owens (photo) profite du 1-year option, qui permet de jouer une année de plus avec le même contrat, pour pour ensuite aller signer aux Colts. C’est le premier joueur qui profite du système pour changer d’équipe, et cela crée une onde de choc parmi les propriétaires qui ripostent aussitôt.

En 1963 la Rozelle Rule, du nom du commissioner Pete Rozelle, est instaurée. Elle stipule que lorsqu’un joueur change d’équipe, l’équipe qui le cède doit recevoir une compensation de la part de l’équipe qui le reçoit, et c’est Rozelle lui-même qui décide de la valeur (d’où le nom de la règle). En d’autres termes, c’est plus un échange qu’une vraie liberté de mouvement pour les joueurs. Bien évidemment, avec une telle règle, les mouvements diminuent drastiquement, les équipes refusant de récupérer un joueur pour risquer derrière de perdre un ou plusieurs tours de drafts : par exemple, Rozelle décide que les Saints doivent donner deux PREMIERS tours de draft aux 49ers pour un receveur qui a réussi… 26 réceptions l’année précédente.

John Mackey (photo à droite) finit par prendre le taureau par les cornes en 1972-1973 : le président de la NFLPA (l’association des joueurs NFL) intente un procès à la NFL pour violation du Sherman Antitrust Act qui interdit tout monopole aux USA ; il ne remet pas en question le système de dédommagement, mais le fait que Rozelle soit le seul décideur du montant. Après quatre ans de batailles juridiques, le tribunal finit par donner raison à la NFLPA et déclare la Rozelle Rule invalide. Pour contourner le problème, les compensations sont alors inscrites dans l’accord général qui régit les relations entre la NFL et la NFLPA, le fameux Collective Bargaining Agreement (CBA).

Obit Mackey FootballMais les joueurs finissent par se lasser de ce système de compensation qui ne leur permet toujours pas de bouger librement à la fin de leur contrat, et ils déclarent une grève en 1987 (différente de celle de 1982, qui était pour une augmentation des salaires). Les propriétaires engagent le bras de fer en remplaçant les grévistes, ce qui donne trois semaines de “matchs de remplaçants” assez horribles. Les joueurs finissent par revenir mais la colère gronde ; la NFLPA tente une nouvelle action et pousse la ligue à chercher une solution pour éviter une autre grève ou pire, un autre procès.

En 1989, le Plan B est inventé par la NFL. Il stipule qu’une franchise peut désigner 37 joueurs pour lesquels elle a un “droit de premier refus”. En d’autres termes, si un joueur faisant partie de la liste des 37 de l’équipe A voit son contrat expirer, il peut négocier avec d’autres équipes et recevoir des offres, mais l’équipe A a le droit de présenter une offre équivalente que le joueur est forcé d’accepter. Pour les joueurs ne faisant pas partie de la liste des 37, ils sont totalement libres de négocier avec les équipes qu’ils veulent, sans aucune restriction.

C’est un peu mieux… sauf pour les meilleurs joueurs qui, évidemment, deviennent des résidents permanents de la liste des 37. Cela mène invariablement à une gronde des meilleurs joueurs, tels le coureur des Eagles Freeman McNeil, son partenaire de la défense Reggie White ou le Cornerback des Browns Frank Minnifield. Les procès s’enchaînent contre la NFL, toujours sur le thème de la loi antitrust, et plusieurs joueurs gagnent lorsque les juges déclarent le Plan B illégal lui aussi.

ReggieWhitePackersFinalement, le système de la Free Agency tel qu’on le connaît aujourd’hui est mis en place en 1993 : les joueurs dont le contrat expire sont libres de négocier avec les équipes qu’ils souhaitent sans contrepartie particulière de prime abord. Pour ne pas totalement flouer les propriétaires, le système prévoit des mécanismes pour protéger certains joueurs, mais à un taux bien plus restreint que la liste des 37 : les Tenders (seulement pour les jeunes joueurs) et Franchise/Transition Tags (seulement un de chaque par an) sont instaurés, et surtout le fameux Salary Cap est créé, un plafond salarial à ne pas dépasser chaque année pour empêcher la fuite des talents dans les deux/trois mêmes équipes. Reggie White devient la figure de proue de cette nouvelle Free Agency quand il va de Philadelphie à Green Bay (photo).

C’est ainsi qu’est né le système actuel.

 

Unrestricted vs. Restricted Free Agent

 

Lorsqu’un joueur arrive à la fin de son contrat, on dit qu’il est Free Agent (FA). La NFL fait trois distinctions majeures entre les Free Agents :

  • L’Exclusive Rights Free Agents (ERFA) : ce sont des Free Agents qui ont au plus deux saisons dans la NFL.
  • Les Restricted Free Agents (RFA) : ce sont des Free Agents qui ont au plus trois saisons dans la NFL.
  • Les Unrestricted Free Agents (UFA) : ce sont des Free Agents qui ont au moins quatre saisons dans la NFL.

Sachez qu’une saison NFL n’est comptabilisée que si le joueur a passé six matchs ou plus sur la liste des joueurs actifs, inactifs ou sur IR. Une présence sur PUP List, Practice Squad ou Exempt List ne compte pas.

La différence entre ERFA, RFA et UFA tient dans les mécanismes que l’équipe peut utiliser pour les protéger des autres équipes pendant une année :

  • Les ERFA sont par définition protégés des autres équipes;
  • Les RFA peuvent être soumis aux Tenders voire au Franchise/Transition Tag;
  • Les UFA peuvent être soumis seulement aux Franchise/Transition Tag.

 

L’Exclusive Rights Free Agent

 

Comme dit ci-dessus, l’ERFA est protégé des autres équipes car il a moins de trois saisons en NFL.

Si jamais l’équipe qui possède le joueur lui fait une offre de contrat dont le salaire est au minimum “vétéran de troisième année”, alors le joueur est forcé de l’accepter, ou il doit quitter la NFL. Le “Free” est donc quelque peu trompeur : il est surtout libre de quitter son métier.

 

Le système des Tenders

 

Le Tender est un mécanisme réservé uniquement aux RFA. Une équipe possède autant de Tenders qu’elle veut.

Imaginons qu’une équipe A souhaite vraiment conserver un bon RFA, mais elle sait qu’il y a un risque que d’autres équipes veuillent l’acquérir. Elle peut décider de mettre un Tender sur son RFA avant le début de la nouvelle année NFL. Si elle ne le fait pas, le RFA est libre de négocier avec n’importe quelle autre équipe.

L’application du Tender indique que l’équipe A fait appel au fameux “droit de premier refus” dont nous avons déjà parlé. A partir de l’application du Tender, les autres équipes ont jusqu’à quelques jours avant la draft (fin Avril/début Mai) pour faire une offre au RFA.

 

S’IL Y A UNE OFFRE

 

Une période de cinq jours démarre, pendant laquelle :

  1. L’équipe A fait une offre équivalente que le RFA est forcé d’accepter, et il resigne un nouveau contrat avec  l’équipe A.
  2. L’équipe A ne fait pas d’offre équivalente, et le RFA peut alors décider ou non de signer l’offre de l’équipe B :
    1. S’il décide de signer l’offre, alors l’équipe B doit fournir une compensation à l’équipe A.
    2. S’il décide de ne pas signer l’offre, alors il reste avec l’équipe A.

Si on tombe dans le cas 2-A et que le RFA signe l’offre de l’équipe B, alors la compensation que doit verser l’équipe B à l’équipe A est un tour de la prochaine draft qui dépend du Tender. En effet, on associe un tour de draft aux trois Tenders possibles :

  • Le Tender de premier tour de draft;
  • Le Tender de deuxième de tour de draft;
  • Le Tender de tour de draft original du RFA, équivalent au tour auquel le joueur a été drafté.

Imaginons un instant que l’équipe B signe un RFA de l’équipe A qui a été drafté au cinquième tour :

  • Si l’équipe A a appliqué un Tender de premier tour, l’équipe B doit donner un premier tour;
  • Si l’équipe A a appliqué un Tender de deuxième tour, l’équipe B doit donner un deuxième tour;
  • Si l’équipe A a appliqué un Tender de tour original, l’équipe B doit donner un cinquième tour.

Dernier point, mais non des moindres : si jamais l’équipe A offre un Tender de tour original à un joueur qu’elle a signé non-drafté, alors en cas de signature avec l’équipe B, cette dernière ne devra aucune compensation à l’équipe A.

On pourrait alors penser qu’une équipe n’a qu’à mettre des Tender de premier tour à tous ses jeunes pour les protéger, mais elle n’a pas intérêt…

 

S’IL N’Y A AUCUNE OFFRE

 

Les droits du RFA reviennent à l’équipe A… mais ce n’est pas fini. En effet, le Tender reste un moyen pour l’équipe A de protéger le RFA contre d’autres équipes, mais il n’assure pas un nouveau contrat entre les deux parties. Si jamais l’équipe A et le RFA n’arrivent pas à un nouveau contrat avant mi-Juin, alors le Tender devient un contrat d’un an ; son salaire garanti est égal à la somme supérieure entre :

  • Un montant spécifique qui dépend du Tender appliqué – il est calculé en fonction du Salary Cap et réactualisé tous les ans;
  • 110% du salaire de l’année précédente.

Pour information, en 2011, les montants spécifiques des Tenders étaient les suivants :

  • Tender de premier tour : 2,611M$;
  • Tender de deuxième tour : 1,835M$;
  • Tender de tour original : 1,200M$.

Comme vous le constatez, l’équipe A ne peut pas s’amuser à mettre des Tenders de premier tour sur tous ses RFA pour les “protéger”, sous peine de risquer de devoir tous les payer un salaire garanti > 2M$… qui compte totalement dans le Salary Cap.

 

Le système des Tags

 

Les Tags sont au nombre de trois : l’Exclusive Franchise Tag, le Non-Exclusive Franchise Tag et le Transition Tag. Ce sont des mécanismes qui peuvent être utilisés sur tous les Free Agents, qu’ils soient Restricted ou Unrestricted. Chaque équipe ne possède qu’un seul Franchise Tag (Exclusive et Non-Exclusive confondus) et un seul Transition Tag par an.

Imaginons qu’une équipe A souhaite vraiment conserver un FA, mais elle sait qu’il y a un risque que d’autres équipes veuillent l’acquérir. Elle peut décider de mettre un Tag sur son FA avant le début de la nouvelle année NFL. Si elle ne le fait pas, le FA est libre de négocier avec n’importe quelle autre équipe.

Regardons maintenant ce qu’il se passe en fonction des Tags :

  • Si le FA a reçu l’Exclusive Franchise Tag, il lui est interdit de négocier avec d’autres équipes.
  • Si le FA a reçu le Non-Exclusive Franchise Tag ou le Transition Tag, il rentre dans un mécanisme ressemblant à celui des Tenders : il peut négocier avec une équipe B jusqu’à mi-Juillet (FT) ou fin Juillet (TT), mais si celle-ci fait une offre, l’équipe A a le “droit de premier refus” avec la possibilité de faire une offre équivalente. Si l’équipe A le fait, le FA reste. Sinon, le joueur peut décider de signer chez l’équipe B, et la compensation dépend du Tag :
    • Dans le cas du Non-Exclusive Franchise Tag, l’équipe B doit donner deux premiers tours de draft à l’équipe A.
    • Dans la cas du Transition Tag, l’équipe B ne doit aucune compensation à l’équipe A.

Vous comprenez pourquoi le Transition Tag est très rarement utilisé : certes, c’est un Tag supplémentaire par rapport au Franchise Tag, mais même cet avantage ne justifie pas de perdre un bon joueur sans compensation directe de l’autre équipe.

Comme pour les Tenders, si au final le FA qui a reçu un Tag est toujours avec l’équipe A, ce n’est pas le bout du tunnel : il reste à négocier un nouveau contrat longue durée. Si les deux parties ne trouvent pas d’accord avant le début de la saison régulière, le Tag se transforme en contrat d’un an avec un salaire garanti ; la valeur du contrat est liée à la position du FA sur le terrain :

  • Pour l’Exclusive Franchise Tag, ce montant est la somme supérieure entre :
    • La moyenne des cinq plus gros salaires au poste début Mai de l’année en cours;
    • 120% du salaire de l’année précédente.
  • Pour le Non-Exclusive Franchise Tag et le Transition Tag, ce montant est la somme supérieure entre :
    • Le pourcentage du Salary Cap actuel calculé par la moyenne des Franchise Tags au poste sur les cinq dernières années par rapport au Salary Cap sur les cinq dernières années ;
    • 120% du salaire de l’année précédente.

Dernière précision : un joueur ne peut recevoir le Franchise Tag que trois fois dans sa carrière. De plus, au troisième Franchise Tag, le pourcentage de 120% cité ci-dessus change en 144%.

 

Les choix de draft compensatoires

 

C’est le dernier mécanisme généré par l’invention de la Free Agency, mais aussi le plus nébuleux.

Dans l’absolu, la draft NFL est composée de sept tours avec un choix par équipe et par tour. Cela nous amène à 7*32 = 224 choix… auxquels il faut rajouter les 32 choix compensatoires pour arriver au fameux total de 256.

Ces 32 choix compensatoires se situent entre le troisième et le septième tour, et sont offerts par la NFL aux équipes qui ont perdu plus de talents qu’elles n’en ont recrutés pendant l’intersaison précédente : par exemple, l’offseason 2011 produit des tours compensatoires pour la draft 2012.

Là où ce système devient nébuleux, c’est que la formule qui décide du nombre et du tour des choix compensatoires pour chaque équipe est gardée secrète par la NFL. Néanmoins l’expérience permet aux experts de projeter ces compensations avec une certaine précision en fonction des Free Agents signés et perdus.

Pour qu’une signature compte pour ou contre une équipe, elle doit intervenir avant une date limite qui se situe autour de la fin de la première dizaine de mai (10 mai actuellement). Néanmoins, les équipes ont une dernière arme pour repousser cette date : le Tender du 9 Mai.

Ce Tender “de dernière minute” ne concerne pas seulement les RFA comme les Tenders classiques, mais tous les joueurs. Si une équipe applique ce Tender sur un joueur, deux choses peuvent arriver :

  • Le joueur signe ailleurs avant le 22 juillet, le faisant rentrer dans la formule des choix compensatoires ;
  • Le joueur ne signe nulle part avant le 22 juillet, et l’équipe conserve le droit exclusif de négocier avec lui jusqu’à la Week 10.

En contre-partie, si un accord n’est pas trouvé, ce Tender se transforme en contrat d’un an avec un salaire équivalent à 110% du salaire de l’année précédente.

C’est un Tender qui est très rarement utilisé principalement à cause du message qu’il envoie au joueur, car il l’empêche de chercher un meilleur contrat ailleurs après la fin de la période comptant pour les choix compensatoires.